Yuval Noah Harari,Homo deus, Une brève histoire de l'avenir

Que l'humanité doive investir tant d'efforts dans la poursuite bio-chimique du bonheur est loin d'être une certitude. D'aucuns diraient que le bonheur, au fond, n'a pas tant d'importance, qu'on a tort de faire de la satisfaction individuelle le but suprême de la société.
D'autres admettent que le bonheur est effectivement le bien suprême, tout en contestant la définition biologique du bonheur comme expérience de sensations plaisantes.
Il y a deux mille trois cents ans, Épicure avertit ses disciples : la poursuite immodérée du plaisir pourrait bien les rendre non pas heureux, mais misérables. Deux siècles auparavant, Bouddha avait soutenu une idée encore plus radicale, affirmant que la poursuite des sensations agréables était en fait la racine même de la souffrance.
Ces sensations ne sont que des vibrations éphémères et dénuées de sens. Même quand nous en faisons l’expérience, notre réaction n'est pas le contentement, mais le désir de toujours plus.
Dès lors, j'ai beau éprouver toujours plus de sensation de félicité ou d'excitation, jamais elles ne me satisferont.
Si j'identifie le bonheur à des sensations agréables et fugitives, et désire ardemment en éprouver toujours plus, je n'ai d'autre choix que de les poursuivre constamment. Lorsque je finis par les obtenir, elles disparaissent rapidement ; le simple souvenir des plaisirs passés ne me donnera pas satisfaction et je devrai tout recommencer.
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Pour atteindre le vrai bonheur, les humains doivent ralentir leur quête de sensations agréables, non pas l'accélérer.

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